Le témoignage de Pierre.

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Le témoignage de Pierre.

Message par Pierre le Ven 17 Jan - 15:11

.De toute ma vie, je n'ai encore jamais eu à écrire mon propre témoignage sur le harcèlement à l'école. Quoique si, mais il s'agissait alors plus d'une autobiographie complète visant à me libérer de mon passé que d'un témoignage se posant en spectateur des faits. Ainsi, en quatrième, j'avais fait l'erreur de vouloir redoubler. Bien que les réflexions désagréables à mon encontre avaient d'ores et déjà commencé, j'étais tout de même entouré d'ami(e)s, ou plutôt, de camarades, que j'ai perdu de vue depuis. La raison pour laquelle je souhaitais arrêter mon cursus dans ce collège : j'avais vu un autre élève recopiant exactement les mêmes cours de l'année précédente, et je n'avais absolument pas l'envie de recommencer une année similaire à celle que je venais de passer. Aussi changeais-je donc de collège.

Dès le premier jour, on me sauta dessus, après m'avoir vu plusieurs minutes seul : « T'es paumé? » . Les jeunes avaient, et ont toujours, cette facilité à être le plus direct possible, de la façon la plus irritable qui soit, à frapper directement là où ça fait mal. Dès le départ, je n'arrivais pas à trouver ma place, et il venait me le faire entendre. On connaît le mécanisme du trio du harcèlement : chez moi, c'était plutôt une vague de groupe de deux personnes qui allaient et venaient. J'étais ainsi régulièrement frappé et moqué lors des cours de sport, jamais trop fort mais assez quand même, comme l'évoque si bien un clip de rap récemment sorti. Au cours de ma scolarité, et notamment de ces années, j'ai ainsi pu entendre : « T'es moche », « casse-toi », « tu pues »...Ce ne sont que les réflexions les plus courantes : il doit y en avoir des dizaines d'autres. Mais à l'époque, j'en avais parlé à ma mère, et en réponse, j'eus droit à un « c'est de ta faute ». Bien que je vivais l'enfer, je finis par me dire que c'était normal. Les années ont ainsi passé, et c'est après une grande introspection(prise de tête) sur moi-même que je me suis rendu compte de la cause de certains de mes actes, que j'ai apparemment et inconsciemment cherché à reproduire parce que je n'avais jamais pu exprimer cette souffrance. C'est ce qu'un livre de psychologie affirme, en tout cas, et je pense qu'il s'agit d'une bonne analyse. Non, je ne me suis jamais moqué, je n'ai jamais insulté personne, et ne me suis jamais acharné sur personne de cette façon-là. Simplement, il m'était arrivé de m'accrocher déraisonnablement à une amitié et d'avoir agi d'une manière indélicate à plusieurs reprises, chose que je regrette aujourd'hui amèrement.

Quant aux conséquences à l'époque, je déprimais constamment, et déjà fermé de nature, je crois que je me renfermais encore plus. Il n'y avait pas que les brimades, quand j'étais tranquillement assis, et que je tentais de réaliser mes devoirs(faute d'amis, je cherchais à gagner du temps sur mon travail, autant compenser), les autres jeunes s'amusaient à balancer mes feuilles par terre puis à courir. Pour des raisons que j'ai oublié depuis, certaines brutes s'amusaient à me sauter dessus, et à tenter de se bagarrer avec moi. Quand d'autres me faisaient des croche-pieds... Peut-être avait fait ou dit des choses de travers, cela reste flou, comme mes souvenirs en général, et c'est pour cela que mon témoignage ne peut pas être aussi complet que d'autres. A une période où l'on est censé se construire, je n'ai donc pas pu gagner confiance en moi. J'avais bien tenté, une fois ou deux, d'en parler au personnel, et le problème avait alors été réglé, plus par chance que par pédagogie je crois, mais puisque ma mère m'avait dit que c'était de ma faute, je continuais à penser que mon calvaire au quotidien était normal. C'est vrai, je dis que je vivais l'enfer, et pourtant, d'autres ont connu bien pire.

Comme d'autres personnes, et plus particulièrement une que je connais bien, il m'arrivait de m'isoler dans les toilettes, pour espérer un peu de tranquillité. Mais c'était peine perdue : leur grand jeu, c'était de sauter sur les cloisons, qui n'étaient alors pas fermées(la porte l'était) pour regarder ceux qui voulaient juste aller aux toilettes.

Prendre soin de moi ? Il fallait s'éduquer à le faire, puisque mon entourage n'a jamais cherché à me l'apprendre. Alors, quand j'ai tenté, les interpellations de la part des autres élèves redoublaient. J'essayais simplement de mettre du gel. Finalement, j'ai laissé tomber, et le flot de moqueries est retombé.

Il m'était arrivé de réaliser une photo de classe, où je pensais alors, « entendez ma souffrance ». Pendant trois ans, ce fut donc infernal. Mais, plus tard au lycée, j'eus également droit à du matériel cassé, à des boulettes de papier lancées... Ce qui ne paraît rien vu de l'extérieur, mais qui énerve vraiment et qui s'avère vraiment pesant à longueur de temps.

Ce n'est pas vraiment le sujet, mais je n'avais jamais vraiment de répit, puisqu'à la maison, je ne percevais pas vraiment de différence avec le monde de l'école, puisque j'y faisais mes devoirs, les tâches ménagères pour aider, et le seul moment possible de repos, mon petit frère, encore très petit, braillait. Le week-end, je pouvais parfois jouer un peu(quoique la semaine au matin, j'essayais de jouer sans bruit, j'enfreignais alors une règle de la maison) aux jeux vidéo. Je tentais d'avoir des moments pour moi de tranquillité, j'avais besoin d'évasion. En parlant d'évasion, c'est à cà que m'a toujours fait penser l'école, à une prison. Cette impression était renforcée par la présence des grillages et l'acharnement des surveillants à se mettre constamment en mode « répression ». Pour finir, à force d'être isolé, moqué, rejeté, frappé, brimé, etc..Les idées suicidaires s'étaient installées, mais j'ai tenu le cap, grâce à cette idée : « attends de regarder ce que la vie te réserve ». Et le temps ne m'a encore jamais déçu.

Pierre
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